Jamais sans ma caméra…

Irian Jaya, 1991, nous arrivons dans un village isolé qui n'avait jamais vu d'Européen. Ma caméra Hi8 semblait vraiment les passionner, jusqu'à ce que je comprenne qu'en fait, ils regardaient leur propre image se reflétant dans la lentille de objectif.

Ma première caméra, la fameuse Pathé-Vébo 16 mm.

En 1985, j'ai plongé tout à la fois dans ma première expédition lointaine, dans la forêt vierge de Papouasie Nouvelle-Guinée et dans ses gouffres géants… Sans oublier la rencontre avec ses habitants, les Papous. Ce fut un sacré choc, aux Antipodes de la France. Et par le plus grand des hasards, j'ai également plongé tête la première dans le cinéma d'aventure.

Un film devait être réalisé par un cinéaste attitré des Carnets de l'Aventure, produit par une société avec qui je réaliserais plus tard trois films, mais voilà l'expédition a refusé les conditions proposées, demandant une part de coproduction, puisqu'on apportait le sujet, on faisait les porteurs et les éclairagistes, on faisait aussi les acteurs, sans même avoir un droit de regard sur le montage du film qui allait raconter notre aventure. Bref, une fois ceci posé, je propose alors aux copains de ramener quelques images avec ma caméra Beaulieu Super 8. Mais très vite, j'ai compris qu'il fallait du 16 mm pour capter des images dans les pénombres de la forêt et dans l'obscurité des gouffres géants. Un ami d'un ami me prêta une antique caméra Pathé-Vébo 16 mm, à manivelle et avec trois objectifs en touret. France 3 Marseille m'a donné 2000 mètres de pellicule — je découvrirai plus tard qu'elle était périmée — et deux copains cinéastes spéléos m'ont donné quelques conseils, tout en pensant in petto — ils me l'ont avoué plus tard — que j'allais me planter. Trois mois plus tard, revenu à la maison avec un sac postal de bobines, j'ai déniché une monteuse, puis une société de production à Marseille qui a refait le montage et fini de produire le film. On a passé l'été dans une salle obscure, quand tous les amis étaient à la plage, ce fut la première galère, mais le virus était attrapé. J'ai découvert que l'on pouvait concilier sa passion des voyages avec un métier passionnant, souvent épuisant, parfois difficile, mais qui, tout au bout d'un long tunnel dont les téléspectateurs ne peuvent se douter, apportait une joie parfaite : présenter son travail au public.

J'ai compris cela quand un jeune spéléo de 15 ans m'a écrit dans une lettre : «je vous remercie de votre film "Mille mètres sous la jungle", on l'a regardé hier à la télévision, et mes parents comprennent enfin pourquoi je fais de la spéléo.»

Depuis je ne voyage jamais sans ma caméra…

Luc-Henri Fage

© Luc-Henri Fage, 2017 - Reproduction interdite