Paul Belloni Du Chaillu (1831-1903) fut, le premier explorateur de l’intérieur du Gabon (de 1855 à 1859).

Autodidacte, il fut tout à la fois naturaliste, ethnologue, linguiste, géographe... On lui doit la description unique de nombreuses ethnies du futur Gabon bien avant la colonisation, mais il fut célèbre pour avoir été le premier chasseur du gorille, et le premier observateur du comportement de ce singe “terrible”.  Jalousé, mis en cause, il refait un second voyage (1863-1865) muni d’instruments pour lever sa carte, et pousse plus loin encore sa pénétration vers l’Est. Jusqu’à ce qu’un accident malheureux contraigne cet intrépide voyageur solitaire à rebrousser chemin. C’est sur les traces de ce second voyage que part une équipe pluridisciplinaire franco-gabonaise, sous la direction du linguiste Jean-Marie Hombert (CNRS, DDL Lyon). Au moyen des connaissances scientifiques actuelles, ils soumettent à la critique les informations léguées par Du Chaillu, pour le réhabiliter. Car ce pionnier atypique, contraint de créer son destin, qui fut célébrissime en Amériques et en Europe, a sombré dans un oubli injustifié. Ce film est le premier jamais réalisé sur Paul Belloni Du Chaillu.

Un tournage sur les traces de Paul Du Chaillu au Gabon

Qui connaît un certain Paul Belloni Du Chaillu ? Moi-même, avant que le linguiste africaniste Jean-Marie Hombert, du Laboratoire Dynamique des Langues de Lyon ne me propose de filmer leur expédition, je ne savais rien de cet explorateur hors normes.

 

Né à l’île Bourbon (la Réunion) d’une mère marâtre et d’un père français, juste après les événements de 1830, qui ne le reconnaît pas, Paul Belloni va très jeune retrouver son père... en Agrique. En effet, il a quitté la Réunion pour tenter sa chance dans l’estuaire du Gabon où ne va pas tarder à être fondée Libreville.

 

Agé de 17 ans, le jeune homme découvre l’Afrique, accompagne son père lors de trafic de bois chez les populations côtières, apprend la langue des Mpongwé, le myéné, va à l’école des missionnaires américains… L’intérieur du Gabon est alors quasiment inconnu aux Occidentaux. Ayant appris un peu de sciences naturelles et de taxidermie, il réalise une collection d’oiseaux et d’animaux exotiques, très prisées des muséums.

En 1852, après avoir tenté, en vain, d’obtenir une concession au Gabon auprès du gouvernement français, il prend un bateau vers New York, et se rêve un destin américain. Là, son histoire, peu banale pour un homme si jeune, attire l’attention des journalistes. Il accole le nom de son père à celui de sa mère et devient Paul Belloni Du Chaillu… mais ne réussit pas à devenir citoyen américain, sans doute parce qu’enfant naturel et de surcroît quarteron, il ne peut montrer ses actes de naissance…

 

En octobre 1855, il décide alors, seul, et avec le vague appui d’institutions scientifiques américaines, de repartir au Gabon « avec le dessein d’explorer le pays, d’étudier les mœurs des naturels, et d’aller à la chasse des oiseaux et des animaux sauvages… » Il a aussi entendu parler de la découverte, peu avant son départ du Gabon, d’une dépouille d’un nouveau singe géant, appelé le gorille…

 

Sa première expédition consiste en une série d’incursions sur la côte, où vivent des populations parlant en majorité le myéné. Sans doute, ce frêle jeune homme (50 kg pour 1,72 !) dispose-t-il d’une autorité naturelle, d’un culot certain, et d’un grand sens de la diplomatie.

Un film de

Luc-Henri Fage

Durée : 63 minutes

 

Conseillers scientifiques :

Jean-Marie Hombert, Louis Perrois

 

Avec la participation de :

Régine Vercauteren Drubbel, médecin, primatologue, ULB,

Jean-Marie Hombert, linguiste, DDL Lyon.

Patrick Mouguiama-Daouda, linguiste, LABAN, Libreville,

Julien Bonhomme, ethnologue, univ. Lyon, Guy-Max Moussavou, ethnologue, université de Libreville

Images, montage : Luc-Henri Fage

Ingénieur du son : Patrick Mauroy

Musique générique : Michel Pascal

Voix de Paul Du Chaillu : Gilbert Puech

 

Co-production © B&LH FAGE, CNRS Images, IRD Audiovisuel - 2007

Mission réalisée avec le concours de l'Ambassade de France au Gabon et de TOTAL Gabon.

Toujours est-il qu’il va, durant trois longues années, découvrir et chasser des gorilles, qu’il décrit comme une bête féroce, s’avancer jusqu’en territoire Fang, dont la sinistre réputation de cannibales qu’il contribue à alimenter dans ses récits, d’être le premier explorateur naturaliste au sud la vaste région du Fernan Vaz dont il explore partiellement le delta de l’Ogooué.  Evidemment, c’est l’époque les explorateurs cherchent les sources du Nil, atteignent le lac Tanga Nika, et ses héros se nomment Speke, Burton… Lui aussi rêve du Tanga Nika, abordé par l’ouest…

 

Mais au Gabon, chaque roi tient jalousement les monopoles du commerce sur le fleuve Ogooué. Ils accueillent le visiteur en espérant faire des affaires avec lui, mais ne le laissent pas partir facilement chez le concurrent. Cela ne facilite pas ses visées.

Il doit longuement parlementer, parfois des mois, vaincre des fièvres, écrire son journal de bord, étudier les cultures locales, les langues, les rites… et surtout chasser et empailler aussitôt ses animaux, qu’il essaye d’envoyer à chaque retour sur les côtes par les rares navires de commerce venus prendre de l’ébène, de l’ivoire et, quoique la Traite soit interdite, des esclaves.

 

Les lignes qu’il écrit sur la condition de ces malheureux convaincus qu’outre-mer les Blancs étaient de grands cannibales et qu’ils les faisaient venir pour les manger, sont poignantes. On sent que sa propre condition de quarteron, donc descendant d’esclave, n’est pas étrangère à cette sensibilité.

 

En 1859, il est de retour à Washington, avec ses collections et surtout une force cargaison de bois d’ébène.

 

Le récit de son voyage, «Explorations and Adventures in Equatorial Africa» publié en 1861, d’abord à Londres, puis à New York, et enfin en France, obtient très vite un succès fulgurant, puisqu’il en vendra plus de 10.000 copies en deux ans rien qu’à Londres !

Son gros succès, c’est le gorille. Il y est tellement associé, que le public finit par croire qu’il l’a découvert lui-même… Il fait des conférences, attire les foules, publie des articles, mais s’attire la jalousie des « vrais » scientifiques. Lui n’est qu’un autodidacte. Il doit tout justifier : son itinéraire, sa carte, dressée il est vrai sans instrument de mesure, les sources des gravures. A-t-il tout inventé ? A-t-il seulement vu un gorille vivant ou bien s’est-il contenté d’acheter des dépouilles aux indigènes ?

 

Une séance à l’Académie royale de Londres est particulièrement mouvementée, il gifle un contradicteur… Une contradiction naît par articles interposés dans le Times…

 

Agacé sans doute par cet accueil peu flatteur, conforté par quelques scientifiques et des amis, il décide rien moins que de lancer une nouvelle expédition, avec des instruments permettant de lever la carte, un appareil photo, etc. Entre temps, déjà, le célèbre Burton, envoyé au Gabon, a mené l’enquête et confirme les propos de Du Chaillu.

Mais Du Chaillu a compris ses lacunes scientifiques, en un sens, l’épreuve lui a profité. Il apprend à manier le sextant et l’appareil photo, il se promet de copier ses notes en trois exemplaires et rêve secrètement de rejoindre Londres à pied, au départ de Libreville…

Sa seconde expédition démarre du Fernan-Vaz, où il retrouve ses amis indigènes, des rois alcooliques, vantards et appâtés par ses présents occidentaux. Un incident fâcheux naufrage sa cargaison d'équipements scientifiques. Il doit attendre un an qu'un ami anglais lui renvoie sextant, chambre photographique, altimètre... Pendant ce temps, il chasse, collecte, se déplace dans le Fernan-Vaz.

 

Enfin, avec une escorte de douze fidèles Nkomi, il trace sa route au nord-est… traverse à nouveau le pays des Akélé, retrouve le fleuve Ngoumié au pays des Echira, découvre enfin les chutes Fougamopu qu’il baptise du nom de la Princesse Iphigénie (épouse de Napoléon III), et continue son lent périple au rythme des négociations avec les rois concurrents, les fièvres.

Ainsi, pour confirmer ses observations sur les gorilles à l’état sauvage faudra-t-il attendre un siècle pour qu’un primatologue ait l'idée, lui aussi, d'observer le comportement des gorilles... à l'état sauvage, dans leurs forêts et non pas dans un jardin d'acclimatation...

 

Du Chaillu a nourri pendant des décennies l’imagination des enfants américains avec des récits de ses explorations adaptés pour la jeunesse, et largement fictionnisés, qui se vendaient encore jusqu’en 1930. Ce sont les fameuses « histoires de l’oncle Paul »…

 

On raconte aussi qu’un certain Edgar Rice-Borrow aurait largement puisé son inspiration dans les textes de Paul Du Chaillu pour créer son personnage de Tarzan !

 

Plus sérieusement, partant du constat qu’un chercheur actuel, qu’il soit linguiste, ethnologue, naturaliste, ne peut commencer son travail sans commencer par lire Du Chaillu, Jean-Marie Hombert, a voulu réhabiliter l’explorateur français, tombé depuis dans un oubli injustifié…

 

Avec une équipe franco-gabonaise, réunissant des ethnologues, des linguistes et des primatologues, nous avons tenté de retrouver la piste de Du Chaillu sur son second voyage.

C’est l’objet du film, et l’on verra que sur bien des sujets, peu de choses ont changé dans le profond de la grande forêt gabonaise…

La comparaison régulière entre les gravures et les images actuelles est à l’avantage de notre explorateur.

 

A noter que Du Chaillu s’est par la suite tourné curieusement vers les pays Lapons, dont il fut l’un des premiers observateurs de ces peuples du nord, et qu’il est mort à Saint-Pétersbourg, à l’âge de 73 ans, alors qu’il préparait une étude sur les Moujiks de Russie…

 

Luc-Henri Fage

Je remercie Jean-Marie Hombert de m’avoir invité à partager cette aventure, Patrick Mougouiama pour sa bonne humeur et son sens de la diplomatie, qui nous ont permis de tourner des scènes étonnantes sans « voler les images », Julien Bonhomme et Guy-Max Moussavou pour leur participation chez les Pygmées Babongo, Annie Merlet pour ses informations sur la vie de Paul Du Chaillu.

 

Je remercie aussi chaleureusement Catherine Balladur du CNRS Images, Brigitte Surugue de l’IRD Audiovisuel, d’avoir financé le tournage de ce film, qui a été projeté en avant-première à Libreville avec l’aide de Total Gabon et de l’Ambassade de France.

Extrait du film : la découverte des Pygmées par Paul Du Chaillu

Diaporama des photos du tournage

Un livre sur Du Chaillu
aux éditions du CNRS

Au sommaire

 

Introduction

Jean-Marie Hombert, Louis Perrois : Paul Belloni Du Chaillu, un étonnant voyageur.

I - Qui était Paul Du Chaillu (1831-1903)?

Annie Merlet : Paul Du Chaillu ou l'invention d'un destin.

Julien Bonhomme : Les tribulations du "Grand Esprit Blanc avec ses richesses inouïes"

 

II - Des récits incroyables

Raymon  Mayer : A la rencontre des Seki, des Fang et des Meke des Monts de Cristal

Jean-Pierre Gautier : A la recherche des gorilles

Patrick Mouguiama-Daouda : Peuples inconnus du Gabon

Serge Bahuchet : Premier contact avec les Pygmées

 

III - Pourquoi relire Paul Du Chaillu 150 ans plus tard ?

Roland Pourtier : Paysages et climats du Gabon occidental

Jean-Pierre Gautier et Patrice Cristy : Un explorateur chasseur naturaliste

Patrick Mouguiama-Daouda : Peuples et langues

Serge Bahuchet : Les Pygmées du Gabon

François Gaulme : Paul Du Chaillu et les Nkomi ou l'explorateur participant

Raymond Mayer : Sociétés, coutumes et rites d'autrefois : la version "impressionniste" de Du Chaillu

Louis Perrois : Artisanat et arts rituels du Gabon précolonial

Dr Régine Vercauteren Drubbel : Santé, épidémiologie et démographie

Annette Hladik et Claude-Marcel Hkladik : Ressources vivrières et plantes de cueillette d'hier et d'aujourd'hui

 

Jean-Marie Hombert et Louis Perrois :

La revanche posthume d'un explorateur oublié.

 

Annexes

Cœur d'Afrique, Gorilles, cannibales et Pygmées dans le Gabon de Paul Du Chaillu

 

Sous la direction de Jean-Marie Hombert et Louis Perrois

 

Dans les pas du premier explorateur de la forêt gabonaise…

 

1848 Paul Du Chaillu, 17 ans, explorateur autodidacte, débarque au Gabon. Il y passera plus de dix ans en trois séjours successifs et s'aventurera seul au plus profond de la forêt équatoriale. Découvrir et chasser les grands singes. Rencontrer et étudier un peuple de "nains" qu'il appellera plus tard "Pygmées" ainsi que des peuples réputés cannibales. Collecter de multiples spécimens de la faune et de la flore africaine. Ecrire des livres à succès sur ses voyages.

 

L'heure est venue pour ce pionnier de l'Afrique, aussi important par ses travaux et ses découvertes que Brazza ou Livingstone, de rencontrer le grand public.

 

Une équipe de chercheurs français et gabonnais entreprend, dans cet ouvrage magnifiquement illustré, de rendre justice à ce personnage hors normes du XIXe siècle.

 

Jean-Marie Hombert, linguiste, spécialiste des langues africaines, travaille depuis plus de 20 ans sur les populations du Gabon. Louis Perrois est ethnologue, spécialisé dans l'étude des arts anciens et des cultures de l'Afrique équatoriale, IRD.

 

CNRS Editions, 2007. 224 pages, 22,5 x 25,5 cm - 35 € - ISBN 978-2-271-06470-7 en vente sur www.cnrseditions.fr

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